La plupart des textes sur le coût de l’épicerie traitent le problème comme un casse-tête d’optimisation. Pour une part importante des ménages canadiens, ce n’en est pas un. La question est de savoir s’il y aura assez de nourriture.
Selon PROOF, de l’Université de Toronto, à partir de l’Enquête canadienne sur le revenu de Statistique Canada, 9,8 millions de Canadiens, dont 2,4 millions d’enfants, vivaient dans un ménage en insécurité alimentaire en 2025. Le rapport Canada’s Food Price Report 2026 le formule autrement : environ un ménage canadien sur quatre.
Ce que veut dire « insécurité alimentaire »
Le terme est souvent lu comme un synonyme de faim. Il est plus large que ça, et la nuance compte.
L’insécurité alimentaire décrit un accès insuffisant ou instable à la nourriture pour des raisons financières. Elle s’étale sur un spectre : craindre de manquer avant d’avoir l’argent pour racheter, sacrifier la qualité ou la variété, réduire les portions, et au bout du spectre, sauter des repas ou passer une journée sans manger.
La majorité des ménages touchés ne sont pas à l’extrémité sévère. Ils font des compromis constants et discrets, qui ne ressemblent pas à une crise vus de l’extérieur.
Les visites aux banques alimentaires ont doublé en six ans
Le Bilan-Faim 2025 de Banques alimentaires Canada a recensé 2 165 776 visites dans un seul mois, mars 2025, auprès de 2 725 organismes participants. Ces visites ont donné lieu à 4 522 356 repas et collations.
C’est la trajectoire qui mérite qu’on s’y arrête.
| Comparaison | Variation des visites mensuelles |
|---|---|
| Par rapport à 2024 | +5,15 % |
| Par rapport à 2019 | +99,37 % |
Il a fallu des décennies au Canada pour atteindre un million de visites mensuelles. Il a fallu environ cinq ans pour doubler ce nombre.
Avoir un emploi ne met plus à l’abri
Le chiffre le plus révélateur du Bilan-Faim 2025 concerne l’identité des personnes qui se présentent.
19 % des usagers des banques alimentaires déclarent l’emploi comme principale source de revenu, contre 12 % en 2019. Près d’une personne sur cinq qui fréquente une banque alimentaire occupe un emploi.
Cela casse l’hypothèse qui sous-tend la plupart des discussions publiques sur le sujet, où le recours aux banques alimentaires sert d’indicateur de chômage. C’est de plus en plus un indicateur de salaires et de prestations qui ne couvrent pas ce que coûtent ensemble la nourriture, le loyer et le transport.
Un Canadien sur trois a puisé dans ses économies ou emprunté
Le Canadian Food Sentiment Index du printemps 2026, fondé sur un sondage national d’environ 3 000 personnes, révèle que 34 % des répondants avaient puisé dans leurs économies ou emprunté pour acheter de la nourriture au cours des 12 mois précédents. Cette proportion était de 28 % à l’automne 2025 et rejoint le niveau observé à l’automne 2024.
Le chiffre réunit deux gestes différents : utiliser ses économies et s’endetter. Il serait donc inexact d’affirmer qu’un Canadien sur trois s’est endetté pour manger. Le résultat montre tout de même à quel point l’épicerie gruge le coussin financier qui devrait servir aux imprévus.
Pourquoi l’épicerie en particulier
Le coût des aliments n’a pas suivi le reste. La Banque du Canada a établi que depuis 2022, les prix à l’épicerie ont grimpé d’environ 22 %, contre 13 % pour les autres prix à la consommation.
Les chiffres de juillet 2026 de Statistique Canada montrent une épicerie en hausse de 3,1 % contre 3,0 % pour l’ensemble des prix, un 18e mois consécutif où l’épicerie dépasse le reste.
L’alimentation est aussi le poste le plus compressible d’un budget familial. Le loyer est fixe. Un paiement d’auto est fixe. L’épicerie est ce qu’on coupe quand il faut couper quelque part, et c’est précisément pour ça que l’insécurité alimentaire monte avant les autres indicateurs.
Où trouver de l’aide
Si la situation est difficile en ce moment, voici des points de départ concrets.
L’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels. Elle a remplacé le crédit pour la TPS/TVH en juillet 2026. L’admissibilité, le calcul et la structure du versement sont inchangés sous le nouveau nom, et le montant est versé trimestriellement, libre d’impôt. Si vous receviez le crédit pour la TPS/TVH, c’est la même prestation. Les détails sont sur la page de l’Agence du revenu du Canada. C’est la déclaration de revenus qui la déclenche, même sans revenu à déclarer.
Les banques alimentaires. Banques alimentaires Canada peut vous diriger vers un organisme membre près de chez vous. Plusieurs fonctionnent maintenant sans référence.
Le 211. Composer le 2-1-1 ou consulter 211.ca vous met en lien avec les services communautaires et sociaux de votre région, y compris les programmes alimentaires.
Il n’y a pas de critère d’admissibilité pour lire une page comme celle-ci, et recourir à ces services n’est pas un échec. Près de deux millions de visites par mois, ce n’est pas un cas marginal.
Ce qu’un outil de prix peut faire, et ne peut pas faire
Nous développons une application de suivi des prix d’épicerie, alors autant être direct sur les limites.
Un suivi de prix ne règle pas l’insécurité alimentaire. Quand l’écart entre le revenu et le coût est structurel, mieux magasiner ne le comble pas, et tout outil qui se présenterait comme une solution à la faim exagère largement.
Ce qu’un outil peut faire est plus modeste et plus honnête : réduire l’argent perdu parce qu’un même produit est facturé différemment selon le format, la bannière et la semaine. Vérifier le prix unitaire plutôt que le prix affiché permet de repérer la réduflation. Garder une courte liste des produits que vous rachetez et consulter l’historique disponible dans le suivi de prix de BarcodeVibe donne à la prochaine étiquette un point de comparaison lorsque des relevés existent.
Ça vaut quelque chose. Ça ne vaut pas autant qu’une prestation à laquelle vous avez droit et que vous n’avez pas réclamée.
Pour le portrait d’ensemble sur l’origine de ces coûts, consultez notre analyse sur pourquoi les prix d’épicerie restent élevés.